Déradicalisation: Avant même la fermeture du centre de Pontourny, pourquoi cette politique était vouée à l’échec (« HuffPost », 28 juillet 2017)
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POLITIQUE – Un « fiasco ». C’est en ces termes que la sénatrice EELV Esther Benbassa qualifiait au mois de février l’expérimentation du centre de déradicalisation de Pontourny, inauguré en grandes pompes par Manuel Valls en septembre 2016, malgré la grogne des riverains. Au total, cette initiative a coûté 2,5 millions d’euros pour un résultat plus que contestable.

Dans un rapport du mois février, l’élue écolo et son homologue LR Catherine Troendlé décrivaient froidement le bilan calamiteux de la structure: « le centre a fonctionné, au mieux, à moitié de sa capacité d’accueil maximale et il est désormais vide; aucun pensionnaire n’a poursuivi jusqu’à son terme le programme envisagé ». Et les sénatrices d’appeler à « mettre fin à l’expérimentation et renoncer à sa généralisation ».

Outre sa fréquentation limitée, c’est également sa crédibilité qui a été réduite en miettes. L’un de ses pensionnaires a été arrêté par la DGSI au mois de janvier à Strasbourg. Mustafa S. était alors sur le point d’embarquer pour la Syrie. Un véritable camouflet que le ministère de l’Intérieur avait d’abord essayé d’esquiver, en niant sa prise en charge au centre. Avant d’admettre finalement au Monde:  » Oui, d’accord, il y est depuis l’ouverture ».

C’est dire si la justification apportée ce vendredi 28 juillet par le ministère de l’Interieur Gérard Collomb -« l’expérience ne s’est pas révélée concluante »- est un euphémisme. À la décharge de ceux qui en sont à l’origine, le centre de Pontourny avait bien vocation à être expérimental. En revanche, la façon dont cette initiative a été montée témoigne de l’échec global de la politique de lutte contre la radicalisation en France.

Précipitation

L’État a été pris de court après la vague d’attentats qui a frappé la France depuis Charlie Hebdo. Il a donc décidé d’agir vite. Trop vite? « Il est normal que le gouvernement ait cherché à rassurer la société suite aux attentats. Mais il est parti d’une idée fausse et a péché par précipitation », expliquait au HuffPost Esther Benbassa. « Ainsi, les autorités dirigeantes n’ont pas pu s’entourer de personnes qualifiées. La précipitation a été mauvaise conseillère », ajoutait l’élue.

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« Fantasme »

Autre problème, le terme choisi par les autorités. « La déradicalisation en soi n’existe pas, c’est un mot qu’on a diffusé sans réfléchir à ce que cela signifiait. On a pensé qu’on pourrait prendre quelqu’un et lui laver le cerveau. Or, en réalité le lavage de cerveau n’existe pas vraiment et c’est même un mythe dangereux », regrettait Esther Benbassa.

Dans le rapport du Sénat, cette terminologie est également « mise en question ». « Il est délicat de définir le profil des personnes radicalisées, des informations contradictoires ayant été apportées lors des auditions », note le rapport. Résultat, une succession de (mauvaises) décisions prises selon la perception du phénomène et en fonction du contexte. Avec le fantasme de pouvoir « ramener à la raison » en quelques temps des jihadistes convaincus pris dans une idéologie redoutablement structurée.

« La notion de déradicalisation répond sans doute à un fantasme au lendemain des attentats, sans doute a-t-on été dans la frustration de ce fantasme, ce qui explique la violence des critiques et des controverses… Mais la déradicalisation au sens de la déprogrammation, n’existe pas. Il faut être modeste sur nos objectifs de prévention en mobilisant les professionnels de terrain dans la discrétion », indique Muriel Domenach.

« Plutôt que de remettre en cause notre grille d’analyse des dysfonctionnements de notre société, on préfère avoir une réponse aux petits pieds, la plus facile possible en disant : ‘Ces gens-là, c’est un peu comme des gens qui sont dans une secte, et on va essayer, après qu’ils aient reçu un lavage de cerveau, de faire un contre-lavage de cerveau », expliquait à France Inter le magistrat Jean de Maillard.

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