Deux sénatrices dénoncent « le marché très juteux » de la déradicalisation (« La Gazette des communes », 12 juillet 2017)
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Après 18 mois de travaux, la mission d’information sur la déradicalisation conduite par les sénatrices Esther Benbassa (EELV) et Catherine Troendlé (LR) avancent « dix propositions pragmatiques que les ministres de la Justice et de l’Intérieur peuvent mettre en oeuvre très rapidement » pour éviter les « dérives » constatées.

Leur rapport d’étape publié en février dernier avait fait l’effet d’un « pavé dans la mare » parmi les acteurs de la déradicalisation. « Nous avions mis en évidence des dysfonctionnements graves et pour cela nous avons subi quelques pressions », indique la sénatrice LR du Haut-Rhin, Catherine Troendlé, mercredi 12 juillet.

Cinq mois plus tard, elle publie avec Esther Benbassa (EELV) le rapport définitif de la mission sénatoriale sur « le désendoctrinement, le désembrigadement et la réinsertion des djihadistes en France et en Europe ». Les deux sénatrices n’épargnent toujours pas les associations et la politique de déradicalisation menée par le gouvernement, même si elles notent quelques timides améliorations.

Mille-feuille d’associations et d’organismes

Esther Benbassa rappelle ainsi que la politique de lutte contre la radicalisation constitue toujours un « marché très juteux ». « C’est devenu un vrai business et même si le nombre d’associations a diminué entre 2015 et 2016, il y en a encore un peu trop », constate-t-elle. Beaucoup d’associations se sont ainsi transformées en « cabinet privé de consulting » proposant des « recettes miracle » pour déradicaliser des individus ou des formations coûteuses pour les professionnels, le tout pour des subventions allant « de 800 à 438 120 euros par an », détaille la sénatrice du Val-de-Marne.

Lors du bilan d’étape de la mission, « certaines associations ont eu peur que cela entraîne la coupure de cette manne financière », ce qui s’est réalisé en partie, tandis que d’autres « ont eu des démêlés avec la justice », constate-t-elle. Catherine Troendlé pointe pour sa part « le mille-feuille d’institutions de prise en charge » des personnes radicalisées. Les deux sénatrices préconisent « une meilleure sélection des associations, la mise en place d’un cahier des charges, la fixation d’objectifs et l’évaluation des programmes mis en place ».

Ces propositions « n’exigent rien en termes financiers », d’autant plus qu’elles s’accompagneraient d’une « remise à plat » des subventions données à l’ensemble des associations et d’une fermeture du centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté de Pontourny, en Indre-et-Loire. « Les frais de fonctionnement de ce centre sont de 2,5 millions d’euros », alors qu’il n’accueille actuellement aucun pensionnaire, précise la sénatrice du Haut-Rhin.

Ouvert en septembre 2016, ce centre devait préfigurer l’ouverture de 13 centres similaires en France, mais constituait, selon Esther Benbassa « un mirage de l’esprit ». « Qui a pensé que, sur la base du volontariat, des personnes allaient venir dans ce centre pour se déradicaliser, comme on va chez les alcooliques anonymes pour arrêter de boire ? C’était totalement illusoire. »

Gérer les retours

Les deux sénatrices prônent une prise charge davantage individualisée, notamment pour les mineurs qui sont « de plus en plus concernés par les processus de radicalisation ». Elles souhaitent ainsi encourager le développement des « appartements éducatifs » mis en place en Ile-de-France pour des jeunes de retour de Syrie ou d’Irak, qui sont « en contact permanent avec un thérapeute et un éducateur ».

Elles pointent également la problématique de la gestion des retours de Syrie ou d’Irak de nombreuses femmes avec des enfants en bas âges, un « phénomène nouveau qui va monter en puissance ». « La prise en charge doit être organisée le plus rapidement possible, en famille, sauf si bien sûr la mère a commis des actes terroristes », explique Esther Benbassa. Elle précise que « la plupart reviennent veuves, ont compris qu’il n’y avait pas d’avenir pour elles là-bas et sont plutôt dans une démarche de réinsertion assez rapide ».

Actuellement, ces enfants sont majoritairement placés dans des familles d’accueil, mais les conseils départementaux sont inquiets, rapporte Catherine Troendlé. Ces familles d’accueil « ne connaissent pas forcément très bien la gestion du vécu de ces enfants dans ces pays en guerre et craignent parfois que les parents souhaitent récupérer leurs enfants dans la violence. Une réelle anxiété se développe autour de cette prise en charge. »

Le bon fonctionnement des cellules départementales

Catherine Troendlé et Esther Benbassa observent tout de même des « points positifs » dans la politique de déradicalisation, qu’elles préfèrent nommer « programmes de sortie », « accompagnement » ou « resocialisation ». Un vocabulaire selon elles « plus modestes et plus pragmatiques ». Elles notent ainsi que « tous les préfets ont été mis au pas » et ont mis en place des cellules départementales de suivi de la radicalisation, exigées par la Circulaire du 29 avril 2014.

Dans ces instances, notamment celle de Lille, « tous les acteurs de la première alerte, éducation nationale, services de santé, protection judiciaire de la jeunesse, services préfectoraux, se retrouvent et se parlent pour avancer ensemble sur des dispositifs adaptées », saluent-elles.

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