Esther Benbassa sévère sur les expériences de déradicalisation lancées par le gouvernement: « Le lavage de cerveau est un mythe dangereux » (Le Huffington Post, 22 février 2017)
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« La sénatrice écologiste dévoile les conclusions d’une mission sur la réinsertion des djihadistes. Elle juge que le gouvernement a « péché par précipitation ».

POLITIQUE – Cela fait un an qu’elle travaille sur le sujet. « La commission des Lois du Sénat a accepté de me confier une mission d’information dont l’intitulé exact est ‘désendoctrinement, désembrigadement et réinsertion des djihadistes‘, mission à laquelle s’est jointe Catherine Troendlé, sénatrice LR du Haut-Rhin », rappelle la sénatrice EELV du Val-de-Marne Esther Benbassa.

Alors que les deux parlementaires s’apprêtent à rendre un rapport d’étape, l’écologiste lève le voile sur les premières conclusions qu’elles dressent sur les travaux sur la déradicalisation entrepris dans la foulée des attentats de l’année 2015. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Esther Benbassa n’est pas convaincue.

Il y a quelques jours vous avez parlé de « fiasco » pour évoquer les expériences de déradicalisation lancées par le gouvernement. Pourquoi utilisez-vous un mot aussi fort?
Nous ne sommes pas enthousiasmées par les résultats, et c’est peu de le dire. La déradicalisation en soi n’existe pas, c’est un mot qu’on a diffusé sans réfléchir à ce que cela signifiait. On a pensé qu’on pourrait prendre quelqu’un et lui laver le cerveau. Or, en réalité le lavage de cerveau n’existe pas vraiment et c’est même un mythe dangereux. Nous préférons parler d’embrigadement, d’endoctrinement.
Il est normal que le gouvernement ait cherché à rassurer la société suite aux attentats. Mais il est parti d’une idée fausse et a péché par précipitation.

« On a imaginé des concepts qui étaient voués à l’échec »

On peut parler d’un coup de com’?
Non, car des choses ont réellement été mises en place mais on l’a fait sans être en relation directe avec les élus locaux, les chercheurs. On a imaginé des concepts qui étaient voués à l’échec. Qu’on ait pris Dounia Bouzar et quelques autres pour s’occuper de cela a pu paraître comme une bonne idée, mais les résultats ne sont pas probants. On a essayé de créer des unités dédiées dans les prisons, mais regrouper des personnes, qui portaient la même idéologie, n’a pas été tout à fait efficace; la preuve en est qu’un membre de l’unité dédiée de la prison d’Osny a agressé un gardien à l’arme blanche le 4 septembre 2016.
Le besoin d’affichage de la part de nos dirigeants s’y ajoutant, le processus s’est accéléré. […]

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