Un rapport propose de réformer la politique de déradicalisation (« Agence Reuters », 12 juillet 2017)
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PARIS (Reuters) – Un rapport du Sénat critique la politique de déradicalisation lancée sous le quinquennat précédent à l’égard des jeunes djihadistes et formule dix propositions pour l’améliorer.

Les sénatrices Esther Benbassa (Europe Ecologie-Les Verts) et Catherine Troendlé (Les Républicains) ont présenté mercredi leur rapport relatif à la mission d’information sur le « désendoctrinement, le désembrigadement et la réinsertion des djihadistes en France et en Europe ».

Elles y mettent en cause les choix de la France quant à la politique de déradicalisation, à savoir l’instauration de centres et le recours à une multitude d’associations.

Concédant qu’il n’y a pas de « recette miracle », les deux sénatrices proposent au contraire de mettre « l’accent sur l’individualisation, l’accompagnement sur mesure et la transversalité de la prise en charge en vue de la réinsertion, et en ménageant un équilibre entre l’intervention sociale et les exigences de sécurité ».

« Il paraît vain d’espérer une ‘déradicalisation d’Etat’ si l’on ne prend pas en compte leur ‘resocialisation’ et leur ‘réinsertion' », estiment-elles.

« La multiplicité des raisons de l’embrigadement et de l’endoctrinement (…) font que les remèdes à la sortie de la radicalisation requièrent des réponses multiples ne se fondant pas uniquement sur une approche répressive », expliquent-elles.

« Une réflexion urgente sur la politique de la Ville, en l’occurrence sur les banlieues, la création d’emplois pour réduire le chômage parmi cette catégorie de jeunes, qu’ils soient citadins ou ruraux, un investissement de taille pour réduire leur échec scolaire, la création d’une police de proximité, l’aide aux associations de quartiers, la mise en place de mouvements de jeunesse font partie de la prévention en amont qu’on ne peut pas contourner ».

Un Centre Ouvert en Septembre Et Vide Depuis FéVrier

Un choix qui reste à faire en France, estiment les deux rapporteures, malgré près de 100 millions d’euros mobilisés.

Durant le mandat de François Hollande, le gouvernement avait choisi de créer un centre pour les personnes en voie de radicalisation, le site de Pontourny, à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire), censé préfigurer l’ouverture de 13 autres.

D’une capacité de 25 places, le centre n’a accueilli que neuf pensionnaires depuis son ouverture en septembre 2016. Il est vide depuis février, indique le rapport.

Ce centre, déjà critiqué lors d’un rapport d’étape présenté en février (), est un échec. « Pire, il a pu susciter des phénomènes d’emprise par une concentration de personnes en voie de radicalisation », souligne le rapport.

Le rapport estime, en outre, que trop d’associations participent à la déradicalisation et suggère de définir au niveau national un « cahier des charges » quant à la sélection de ces organismes.

Il s’agirait de « systématiser l’évaluation du contenu des programmes financés et réduire progressivement leur nombre, de sorte à opter pour la qualité plutôt que la quantité ».

Les deux sénatrices critiquent également la politique de regroupement des jeunes radicalisés au sein des établissements pénitentiaires et encouragent le développement de dispositifs innovants de placement.

« On ne peut pas parler vraiment d’un échec, on peut parler de tâtonnements, d’un désir d’affichage trop important au départ », a estimé Esther Benbassa mercredi sur France Inter, avant de conclure : « Les choses commencent à prendre une nouvelle allure qui n’est pas mauvaise ».