La France, la ville et la campagne, vues par les enfants (Le Monde, 11 mai 2017)
Partager

Les enfants des villes ? « Ils vivent dans des immeubles, des appartements. C’est pas comme des maisons, mais des sortes de grandes pièces ». Et les enfants des champs ? « Ils n’ont pas beaucoup à manger, pas beaucoup de copains. A la campagne, il faut se fabriquer une maison soi-même, il n’y a pas d’école. C’est difficile », mitraille un jeune citadin. « Et pour faire les courses, s’il n’y a pas de magasin, il faut aller chercher des fruits sous les marronniers, les châtaigniers, les poiriers », poursuit le petit rat des villes, avant d’avouer, « en fait ch’sais pas trop, j’y suis allé un jour, à la campagne, de toute ma vie ».

Sur France culture. Une bonne idée, en cette fin de campagne électorale houleuse, que de rediffuser cette séquence de l’émission « Les pieds sur terre » (28 minutes, ici), sur France culture. « Enfants des villes, enfants des champs » donne la parole à des jeunes citadins et ruraux en cherchant à comprendre comment ils se voient les uns des autres : « sont-ils si différents ? »

Densité, urbanité, gentrification. Le résultat est frais, enrichissant, distrayant. On entend plein d’idées, et aussi des idées reçues, qui reflètent souvent les pensées des adultes. L’air de rien, les enfants abordent les grands thèmes de l’urbanisme et des transports. Ainsi, la notion de densité : « A Paris, les écoles sont en hauteur, alors qu’en Haute-Garonne, elles sont plates, plates, plates ». L’urbanité : « Mes parents adorent Paris ; ils trouvent qu’il y a plein de choses à faire ». La gentrification : « J’habite dans un quartier assez branché, avec beaucoup de cafés, des lieux avec beaucoup de jeunes. Mon immeuble n’est pas très bien isolé. On entend tout ce que disent les voisins, tout ce qu’ils font. Des fois, on préférerait ne pas savoir », regrette Félicien.

Voitures, logistique. Et puis la surmotorisation : « les rues, je les trouve toutes grises, y’a que des trucs tout pollués, que des voitures, je trouve ça pas très joli. On entend beaucoup de bruit, le bruit des voitures et j’aime pas », dit Antja, jeune Parisienne et future « chimiste ». La logistique : « Sur le continent, les enfants mangent plus de viande; les livraisons ça arrive d’abord là-bas, et après sur les îles », explique Coco, 8 ans, habitante de l’île de Sein (Finistère).
Trop chou, non ? Pas seulement trop chou. Les reportages pêchent par un prisme. Les réalisateurs sont partis du principe qu’il existait deux modes de vie différents, presque opposés, deux paysages, deux habitats possibles : « la ville » et « la campagne ». Un antagonisme classique, éculé, mais réducteur. La première, résumée à Paris, est donc « toute grise, polluée ». La deuxième, figurée par une île ou un village, est riante, saine, forcément calme, loin de tout et entourée de superbes paysages. C’est l’île de Sein, « où on peut nager à n’importe quelle plage, aller à pied acheter des bonbons chez Marie-Annick », dit Coco, 8 ans, mais où il n’y a « ni piscine, ni cinéma ».

Ville et campagne, notions fantasmées. Pourtant, ces notions, ville et campagne, s’estompent un peu plus chaque année (lire à ce sujet une interview d’Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, auteur de « Nouvelles relégations territoriales »). Les villes, à l’exception des plus grandes, se vident, tandis que certaines campagnes, surtout à proximité desdites villes, se remplissent. Les modes de consommation se sont uniformisés. Enfin, le même lieu, quartier arboré, centre d’une bourgade, territoire habité ou doté d’équipements, mais peu dense, peut être défini comme étant « la campagne » par des citadins, mais aussi comme « la ville » par des ruraux.

[…]

Pour (re)lire l’intégralité de l’article du Monde, cliquer ici.