« Sur la déradicalisation, beaucoup d’associations ont fait du bricolage » (L’Express, 21 février 2017)
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« Chargée avec sa collègue Catherine Troendlé (LR) d’une mission d’information sur « le désendoctrinement, le désembrigadement et la réinsertion des djihadistes », la sénatrice EELV Esther Benbassa livre ses premières conclusions. Leur constat est sévère: les programmes mis en place ont globalement échoué.

Quelles sont les principales conclusions de votre mission d’information sur la déradicalisation ?

Tout d’abord, il y a un problème avec les mots mêmes de « radicalisation » et « déradicalisation. » Ces termes ne conviennent pas pour parler des personnes qui ont adhéré à l’idéologie violente de Daech. Elles ne se sont pas radicalisés: elles ont adhéré à un idéologie structurée. Cette dernière vient combler un vide existentiel, un manque spirituel, et leur offre un engagement, voire un idéal, étant entendu que cet idéal est mortifère et meurtrier.

Il s’agit d’un mélange de convictions religieuses, de frustration sociale, de volonté de revanche et d’héroïsation. Ces personnes ne sont pas les adeptes d’une secte. Le terme de « déradicalisation » nous a menés dans l’erreur: ces gens-là ont besoin d’être désendoctrinés, désembrigadés et, surtout, d’être resocialisés et réinsérés dans leur milieu originel.

Qu’avez-vous constaté, voire découvert, au cours de vos travaux ?

Avec ma collègue Catherine Troendlé, avec qui j’ai mené cette mission d’information, nous avons été très étonnées par le côté « bricolage » dont ont fait preuve certaines associations chargées par l’Etat de lutter contre l’endoctrinement djihadiste. Certaines s’en sortent plutôt bien. Le travail mené par Patrick Amoyel, avec l’association Entre’Autres, dans la région de Nice, est très positif. Sa méthode de prise en charge des personnes est efficace. L’association Accord 68, à Mulhouse, obtient également des résultats.

Mais d’autres structures ont appliqué des méthodes faites de bric et de broc. On sent bien qu’avec la montée du phénomène djihadiste et la nécessité de lutter contre ses causes, une véritable manne – via des appels d’offre émanant de l’Etat – s’est offerte à des associations à court de budgets et de subventions. Un marché de la « déradicalisation », voire un véritable business du terrorisme, s’est créé et des structures s’y sont engouffrées sans avoir ni les compétences, ni les outils pour répondre à cette mission. L’une des associations ayant remporté un appel d’offres a même sous-traité sa mission de désendoctrinement à un prestataire extérieur…

Face à l’ampleur du phénomène, il fallait bien agir, parfois dans l’urgence…

Ces programmes reposent sur une bonne volonté: les autorités ont voulu rassurer la population, mettre en place des dispositifs et montrer que le phénomène était pris en main. Mais cela s’est fait sans qu’un véritable travail méthodologique soit effectué en amont. Les premières tentatives ont échoué, peut-être sous l’effet de la panique par rapport à la violence des attentats. Il est maintenant urgent de remettre tout ceci à niveau. L’arrivée de Muriel Domenach [ex-consul général à Istanbul et ancienne collaboratrice an ministères de la défenses et des Affaires étrangères] à la tête du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation est une bonne chose.

Il n’existe qu’un seul centre de « réinsertion et citoyenneté », inauguré plus d’un après l’annonce de sa création. Aujourd’hui, il est vide. Comment expliquer pareille faillite ?

Ce centre, à Beaumont en Véron (Indre-et-Loire), dispose d’un budget de 2,5 millions d’euros annuel. Il emploie 27 personnes chargées de l’encadrement, dont cinq psychologues, une infirmière psychiatrique, neuf éducateurs spécialisés, un aumônier religieux, un sociologue intervenant un après-midi par semaine, des étudiants en psychanalyse… Le lieu était censé accueillir 25 volontaires, des personnes qui ne sont pas impliquées dans un dossier judiciaire. Mais il n’en a accueilli que neuf au maximum.  […]

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