Un rapport du Sénat donne un carton rouge à la politique française de « déradicalisation » (Respect Mag, 6 mars 2017)
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Un rapport de deux sénatrices pointent les dysfonctionnements en France, dans sa politique de « déradicalisation ». Rassemblements des prisonniers à risques, subventions à outrance ou pas suffisantes, empressement… Il serait temps de changer son fusil d’épaule ! 

Dans un rapport d’information, enregistré à la Présidence du Sénat le 22 février 2017, deux sénatrices – Esther Benbassa (EELV) et Catherine Troendlé (LR) – se sont intéressées aux « désendoctrinement, désembrigadement et résinsertion des djihadistes en France et en Europe ». Un travail plus qu’indispensable dans le climat actuel ! Ce travail a permis d’évaluer les évolutions de la politique française en la matière depuis 2014, faisant un état des lieux des outils mis à disposition.

Le business de la déradicalisation ?

Chercheurs, associatifs et responsables au niveau des pouvoirs publics ont pu être entendu. Parmi les erreurs reconnues, on note que cette « déradicalisation », « sous la pression des événements, a pu conduire à des effets d’aubaine financière« … D’ailleurs, une personne entendue pour ce rapport lâchera : « la déradicalisation, seuls ceux qui vivent y croient. » Une expression qui a le mérite d’être claire !

On pointe aussi un problème sur les appels d’offres, où les associations qui ont de l’argent remportent plus facilement les marchés, contrairement à des associations avec plus d’expérience sur le terrain, mais moins au niveau administratif.

Le centre de Pontourny inefficace

Ouvert en septembre 2016, à Beaumont-en-Véron, ce centre « de prévention, d’insertion et de citoyenneté » n’est pas très satisfaisant. « D’une capacité maximale de 25 places, il n’a accueilli simultanément, à sa plus forte affluence, que 9 personnes« …

D’ailleurs, il n’y avait une seule personne quand les rapporteurs ont visité le centre. Le rapport pointe « une relative impréparation dans l’ouverture de ce centre« , et un modèle peu approprié.

Regroupement des prisonniers radicalisés, une mauvaise bonne idée

Suite aux attentats de janvier 2015, cinq unités pour les détenus « radicalisés » ont été crées dans des prisons du Nord et d’Île-de-France. Une solution d’urgence, motivée par les modes de radicalisation dans les prisons, un phénomène bien connu …

Pourtant, la sénatrice Esther Benbassa estime dans le rapport « qu’il ne faut pas réunir sur un même site plusieurs djihadistes potentiels car cela suscite une adhésion à une idéologie prosélyte. Mme Adeline Hazan, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté, est d’ailleurs opposée à ces regroupements. »

Le bel exemple de Mulhouse

Un programme mis en place par l’association Accord 68, tente de prendre en charge des personnes « soumises aux dérives radicales », donc violentes mais pas nécessairement religieuses.

Prévu sur plusieurs mois, il cherche à impliquer l’entourage de la personne suivie (et donc à ne pas l’isoler et / ou le déraciner), à évaluer sa situation personnelle, se reconstruire, développer son esprit critique et à mettre en place un projet. Son bilan est plutôt positif, d’après le rapport, qui souhaiterait que ce programme soit développé.

Il est urgent de changer de politique …

« On assiste à des absurdités et pourtant nous aurions besoin d’islamologues. Nous n’avons pas suffisamment d’arabisants en France« , ajoute Esther Benbassa. Elle n’est pas la seule à s’indigner. Pour Pierre-Yves Collobat (RDSE), « notre République fabrique des jeunes qui préfèrent la mort à la vie, en tuant d’autres personnes. C’est une échec complet, le ver est dans le fruit. » Enfin, pour Catherine Tasca (PS), « des solutions peuvent être trouvées par la mise en place de grandes politiques publiques de prévention, d’éducation populaire, même si ces mots sont passés de mode, d’encadrement. La suite des travaux de la mission devrait davantage être axée sur la prévention.«

Pour (re)lire l’intégralité de l’article de Respect Mag, cliquer ici.