Conférence de presse des grévistes : « Si le gouvernement est ferme, on sera dix fois plus fermes que lui ! »
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La violence contre les grévistes a atteint la semaine dernière un niveau inégalé depuis le début du mouvement. Sur les dépôts, la répression est presque devenue monnaie courante : les grévistes s’y font frapper et gazer quasi quotidiennement dès 4h30 du matin quand ils tiennent des piquets. Dans la rue, de même, la violence de la répression a fait un saut depuis la manifestation du 9 janvier, qui a vu les matraquages, gazages et arrestations atteindre un nombre et un niveau d’agressivité inédits.

En réaction à la violence inouïe de la répression, et face au silence sur le sujet des confédérations syndicales, qui donnent apparemment la priorité aux négociations avec l’Elysée plutôt qu’à leurs militants de base réprimés, les grévistes de la coordination SNCF-RATP, forts du succès de la conférence de presse des contre-vœux le 31 décembre dernier, ont donc appelé à une conférence de presse pour dénoncer cette répression. Au rendez-vous, quelques personnalités politiques – telles que Nathalie Arthaud de Lutte Ouvrière, Alexis Corbière et Raquel Garrido de la FI, Esther Benbassa d’EEVL, Almamy Kanouté du comité Justice et Vérité pour Adama, Madjid Messaoudène, élu de la ville de Saint Denis, ou encore Benjamin du POID (certains n’ayant pas pu se libérer, comme Olivier Besancenot, qui a néanmoins transmis son soutien) -, de nombreux grévistes, et beaucoup de médias : LCI, BFM, CNEWS, RT France, Radio FPP, AFP, et bien sûr Révolution Permanente dont le direct est toujours disponible.

Une réussite pour ceux qui, comme le dit Anasse Kazib, cheminot du secteur du Bourget, entendent « faire payer politiquement » au gouvernement cette stratégie de la répression.

La violence, les coups, les blessés. Impunité policière. Rôle de la police dans la société. Briseuse de grève, matage des classes populaires.

C’est ainsi pour témoigner de la violence terrible qu’ils subissent de manière accrue depuis le début du mouvement que les grévistes sont les premiers à se saisir du micro après l’introduction d’Anasse. Aux côtés d’Irène – déléguée UNSA et l’une des figures du mouvement à la RATP – lorsqu’elle a été violemment matraquée à la fin de la manifestation pour avoir essayé de récupérer son portable, Damien ouvre ce tour de parole.

Ayant lui-même subi de nombreux coups et une nuit en GAV, il dénonce cette violence sauvage des policiers. C’est en remerciant vivement le journaliste indépendant qui a filmé la scène, et en rappelant l’importance de toujours filmer les faits de violence, qu’il termine son intervention. Un remerciement qui a en effet toute son importance puisque c’est sur la base de cette vidéo qu’Irène a pu porter plainte.

Se trouve ainsi illustrée la grande crainte du gouvernement et du ministère de l’intérieur, cette crainte qui a fait des journalistes les cibles privilégiées de la répression et des arrestations lors des dernières manifestations, compte tenu de leur possible utilité judiciaire ainsi que de leur pouvoir médiatique – celui de révéler sans filtre ni coupe l’étendue de la violence des forces de l’ordre, et son rôle de bras armé du gouvernement, prêt à mater toute contestation.

Une violence à l’égard des mouvements sociaux dont les Gilets jaunes ont particulièrement été victimes depuis le 17 novembre 2018, avec aujourd’hui, de nombreux éborgnés, mutilés, blessés, mais aussi une personne décédée, Zineb Redouane, tuée par une grenade lacrymogène lancée dans son appartement. Une violence qui là déjà, était à la hauteur de la peur provoquée par le mouvement pour le gouvernement, comme le rappellent d’ailleurs des Gilets jaunes présents dans l’assemblée ce soir.

C’est ainsi à une police habituée à réprimer, et sûre de son rôle que s’affrontent aujourd’hui les grévistes. Une police adepte des provocations, qui affiche venir pour matraquer, gazer, frapper. C’est ce que dénonce Ahmed, machiniste sur le dépôt de Flandre, en racontant la présence policière, parfois colossale, tous les matins lors des piquets à grands renforts de menaces et coups de matraque« Nous, on est juste des grévistes qui défendons nos retraites ! C’est eux les voyous ! C’est eux qui viennent le matin pour nous casser la tête ! »

La répression violente qui s’abat sur les mouvements sociaux connait ces derniers mois une accentuation particulière. Malgré ça, elle n’a rien de neuf ou d’inhérent à ce gouvernement, comme le rappelle Elsa, militante du NPA, en évoquant la mort de Rémi Fraisse,- tué, sous un gouvernement socialiste, par une grenade lacrymogène lors d’une manifestation en octobre 2014 – pour laquelle le gendarme responsable a bénéficié d’un non-lieu confirmé il y a à peine quelques jours. C’est la nature de la police, comme bras armé d’un gouvernement, comme instrument du maintien de la domination d’une classe sur une autre, qui apparait dans la mise en évidence le la répression des mouvement sociaux, mais aussi des classes populaires en général.

C’est le message qu’est également venu porter Almamy Kanouté du comité Justice et Vérité pour Adama, qui rappelle la réalité littéralement meurtrière des violences policières dans les quartiers populaires, et l’impunité totale vis-à-vis de la justice. C’est contre ce système dans son ensemble, et la violence avec laquelle il traite et tue les classes populaires, qu’il appelle à se soulever. « J’aimerais que nos colères, on puisse les additionner, qu’on puisse les multiplier » commence-t-il avant de dénoncer les directions syndicales « moi, je n’irais même pas discuter avec ces irresponsables politiques ! Même juste discuter pour moi, ce n’est pas possible, parce qu’ils ne nous respectent pas. Tous les jours ils nous crachent dessus ! ».

Une intervention très applaudie, au cours de laquelle le militant affirme son soutien à la grève et la place des banlieue au cœur de celle-ci « la banlieue elle est là, quand vous allez au dépôt de Vitry ! » avant de terminer avec l’évocation de la déclaration du père de Cédric Chouviat mort, comme Adama Traoré, d’une violente interpellation policière : « Il a été très clair : « Macron, je te déclare la guerre ». Et tous ensemble on doit déclarer la guerre à Macron, son équipe et ceux qui sont complices de tout ce qu’il se passe ! »

Contre ce gouvernement qui n’a que la répression pour répondre à la contestation, « On ira jusqu’au retrait ! »

C’est ainsi, à l’image de l’intervention Almamy Kanouté non seulement contre la réforme des retraites, mais surtout contre un gouvernement et un système qui massacre les classes populaires, broie la vie des travailleurs, et détruit l’avenir des jeunes générations, que se battent les travailleurs en grève dans ce mouvement déjà historique débuté le 5 décembre 2019. C’est aussi en ce sens que sont présentes des personnalités politiques, à l’image d’Esther Benbassa venue affirmer un soutien écologiste « Nous, écologistes, on est avec vous », ou encore la France Insoumise qui à travers Alexis Corbière salue « les dirigeants et militants de grande qualité » dont le mouvement social a besoin, qui se révèlent dans cette lutte.

C’est dans cette même perspective de déclarer la guerre à un gouvernement qui n’a que la répression pour répondre à la colère sociale qu’intervient Clément, cheminot du technicentre de Chatillon. Après avoir raconté la répression et la violence qu’il a lui aussi subi aux cotés de ses collègues et camarades grévistes (dont certains demeurent aujourd’hui blessés après plusieurs semaines), c’est sur la puissance du mouvement et la pression qu’il exerce sur le gouvernement qu’il appuie : « La seule arme qu’ils ont, c’est nous réprimer ! Et s’ils nous répriment, c’est qu’on n’est pas loin de la victoire ! »

Une victoire à laquelle travaillent nuit et jour les grévistes depuis plus de 40 jours, sur leurs lieux de travail, dans les manifestations et dans les actions, se mettant en danger, face à la répression policière, mais aussi la répression patronale « incontournable dans chaque mouvement de grève », qui s’abat « sur toutes celles et ceux qui militent depuis le début » comme le souligne Anasse pour présenter Hani, gréviste menacé de sanction du dépôt de bus de Belliard.

Dans le contexte de ce conflit qui dure avec le gouvernement, et dans la perspective de faire tenir le mouvement jusqu’à la victoire, c’est à l’intention des directions syndicales que celui-ci intervient : « Il y a de l’argent dans les caisses ! On a besoin de cet argent-là pour tenir ! Si cet argent n’est pas sorti pour ces mouvements-là, quand est-ce qu’il va être sorti ? »

Ressort ainsi l’argent comme « nerf de la guerre », après plus de 40 jours de reconductible pour de nombreux grévistes, mais aussi la politique traître des directions syndicales qui en plus de ne pas remplir les caisses de grève, ne proposent pas de véritable plan pour gagner en étendant la grève, gardent le silence face à la répression, et accourent à Matignon pour négocier et définir avec le gouvernement la voie de mise en place de la coupe de 12 milliards d’euros sur nos retraites !

Pour Nathalie Arthaud, elle-même gréviste depuis le 5 décembre, « c’est par le rapport de force qu’on changera notre destin ». Un destin que les travailleurs ne sont pas prêts à remettre entre les mains du gouvernement selon la représentante de Lutte Ouvrière, encore moins suite aux dernières annonces d’Edouard Phillipe, estimant qu’« avec le cinéma de l’âge pivot, il a remis du carburant ! » dans la machine de la colère sociale.

C’est sur le bilan tiré par Anasse que se termine cette conférence de presse qui se donnait pour but de « marquer ces moments de répression qu’on a vécu », « de ne pas laisser passer. » C’est ainsi pour le militant, « le rôle de la police, son rôle de coercition d’un état bourgeois », qui est mis en lumière à travers la répression, le rôle de briseuse de grève de l’institution policière, qui arrive sur les dépôts à 3h du matin pour empêcher les grévistes de bloquer les bus, comme elle sciait les barreaux des raffineries pour les débloquer de force dans des mouvements antérieurs, et dont le rôle a toujours été de « servir les bourgeois » . C’est en affirmant que « si le gouvernement est ferme, on sera dix fois plus fermes que lui ! », qu’il termine, rappelant quand même « qu’à trop jouer avec la répression, ça peut se retourner contre eux… »

Ainsi, après avoir joué la stratégie du pourrissement, il semblerait que le gouvernement mise désormais sur la répression, et la répression féroce, pour affaiblir le mouvement et faire rentrer chez eux ou au travail les grévistes et les manifestants. Si la méthode de faire céder les grévistes par la peur ne semble pas marcher plus que celle de les isoler, les épuiser ou encore leur promettre des arrangements corporatistes, ce recours aux forces de l’ordre se révèle également apporter très peu de résultat au gouvernement du côté de l’opinion publique, puisque le soutien à la grève a encore augmenté de 5 points selon un sondage Ifop datant de dimanche !

La stratégie des grévistes, d’occuper l’espace médiatique pour y faire entendre leur propre voix et le sens qu’ils donnent à leur lutte, semble au contraire bien plus payante. C’est ainsi le message d’un combat pour l’ensemble de la société, l’avenir des plus jeunes, contre la précarisation permanente des classes populaires, et pour un monde meilleur, qui arrive à toucher l’ensemble de la population, dont le soutien ne fait qu’augmenter en réponse à la violence scandaleuse qui s’abat sur le mouvement.