François de Rugy remplace Nicolas Hulot : le monde de l’écologie entre prudence et scepticisme
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Alors que François de Rugy, le président de l’Assemblée nationale, vient d’être nommé à la place de Nicolas Hulot, démissionnaire, au poste de ministre de la Transition écologique et solidaire, les acteurs politiques et associatifs de l’écologie expriment leur scepticisme.

François de Rugy, alors président de l\'Assemblée nationale, le 18 avril 2018.
François de Rugy, alors président de l’Assemblée nationale, le 18 avril 2018. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

La présidence de la République a annoncé mardi 4 septembre que François de Rugy était nommé ministre de la Transition écologique et solidaire en lieu et place de Nicolas Hulot, démissionnaire. Dans la foulée de cette annonce, les réactions des acteurs politiques et associatifs étaient, à tout le moins, mitigées.

David Cormand « bienveillant » mais « lucide »

« Je veux être dans une forme de bienveillance », a réagi sur franceinfo mardi midi David Cormand, secrétaire national d’EELV. « Je souhaite que les choses se passent le mieux possible. » « Je connais bien François [de Rugy], il est le tenant d’une écologie qui lui définirait comme pragmatique », a indiqué David Cormand ajoutant rester « lucide ». « Ce remaniement traduit aussi un repli en termes de choix sur l’écologie dans le premier cercle de la macronie. » Avec la nomination de François de Rugy, « on revient à quelque chose de plus classique » qu’avec Nicolas Hulot. « C’est un peu un jeu de chaises musicales à l’intérieur du cercle des amis d’Emmanuel Macron », a commenté le secrétaire national d’EELV.

David Cormand « va regarder la question de la transition énergétique » car, pendant la primaire du Parti socialiste en 2017, François de Rugy avait défendu la sortie du nucléaire à terme. Il était « très critique » sur l’énergie nucléaire en France. « J’ai envie de juger sur pièces. Il y a une urgence écolo, une urgence à agir et tout ce que pourra faire François de Rugy sera bon à prendre, mais je suis lucide sur la ligne politique du gouvernement depuis un an et demi et ce que traduit le choix pour ce poste. »

Yannick Jadot méfiant à l’égard d’un « membre éminent de la macronie »

Yannick Jadot, eurodéputé écologiste, a lui tweeté : « Mission difficile pour François de Rugy, membre éminent de la macronie. Souhaitons-nous à tous qu’il résiste aux lobbys des pesticides, du nucléaire, de la chasse… Notre présent et notre avenir en dépendent ! » 

Esther Benbassa regrette l' »électrochoc » Hulot

« C’est dommage pour l’écologie parce que l’écologie a besoin de vrais combattants, des gens qui y croient vraiment », a réagi Esther Benbassa, sénatrice Europe Écologie- Les Verts de Paris. « L’électrochoc fait partie du passé », a-t-elle regretté. « Le président Macron a recruté dans la famille. Il peut être sûr qu’il n’aura pas les mêmes ambitions que monsieur Hulot. Monsieur de Rugy est l’homme des compromis, parfois des compromissions. Il a été Europe -Ecologie-Les verts, puis il a rejoint le PS puis monsieur Macron », a-t-elle expliqué.

« Je ne sais pas si monsieur Hulot a tapé fort sur la table, mais c’est un homme qui avait des convictions et des ambitions. Monsieur de Rugy va probablement les freiner pour être obéissant comme il l’a été à l’Assemblée », a-t-elle déclaré. François de Rugy était président de l’Assemblée nationale depuis plus d’un an.

 

Greenpeace doute de sa capacité à peser dans le gouvernement

Dans un communiqué publié dans la foulée de l’annonce, Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, a dit douter de la « capacité » de François de Rugy à « réellement peser dans ce gouvernement »« Le parcours de François de Rugy témoigne d’une certaine expérience des questions environnementales, mais nous doutons de sa capacité à réellement peser dans ce gouvernement », a réagi Jean-François Julliard.« L’expérience amère de Nicolas Hulot a démontré que l’environnement n’est pas une priorité pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe, qui n’en font qu’un faire-valoir, sans aucune volonté réelle d’engager la transition écologique », a-t-il déclaré.

« Il est à craindre que le nouveau ministre appliquera la politique d’Emmanuel Macron sans état d’âme, et suivra la voix de son maître. Il incombe donc à Emmanuel Macron de prendre enfin la mesure de son immense responsabilité. Les prochaines semaines montreront s’il a tiré les leçons de la démission de Nicolas Hulot ou s’il continue sa politique du faux semblant », a-t-il poursuivi.

Le co-président des Verts-ALE au Parlement européen ne voit pas « ce que ça changerait »

Philippe Lamberts, eurodéputé belge et coprésident du groupe Verts-ALE au Parlement européen, a dit de son côté ne pas comprendre ce que va apporter la nomination de François de Rugy comme ministre de la Transition écologique et solidaire. « A moins qu’Emmanuel Macron ait eu une illumination (…) je ne vois pas très bien ce qui changerait », a-t-il estimé.  L’eurodéputé ne « voit pas ce qui subitement ferait que le rapport de force interne au gouvernement permettrait des arbitrages plus favorables à la transition écologique et solidaire », a-t-il déclaré. « A moins qu’Emmanuel Macron ait eu une illumination et décide de mettre tout son poids dans la balance pour donner au ministre de la Transition des arbitrages favorables, je ne vois pas très bien ce qui changerait. »

La réussite en matière d’écologie « ne dépend pas » de François de Rugy. « Dans le système politique français, tout procède du président. Le décideur final s’appelle Emmanuel Macron, donc s’il continue à prendre des arbitrages » contre la transition écologique « François de Rugy ne pourra pas plus que ce que Nicolas [Hulot] a pu faire. »   Philippe Lamberts a expliqué que si le vote sur le glyphosate ne s’est pas déroulé comme prévu, « ce n’est absolument pas parce que Nicolas Hulot ne connaît pas les arcanes parlementaires, mais parce que l’impulsion venue de la direction du gouvernement en France était de ne pas poser cet amendement ».

Brice Lalonde aspire à être « surpris »

François de Rugy « a de la ressource. Peut-être qu’il nous surprendra », espère de son côté Brice Lalonde, président de l’association Equilibre des énergies et ancien ministre de l’Environnement, après la nomination du président de l’Assemblée nationale à la tête du ministère de la Transition écologique. François de Rugy est « un écologiste de longue date » souligne Brice Lalonde, quelqu’un qui a « de l’expérience », un « poids politique » et qui « connaît les rouages » politiques. « C’est la différence entre une personnalité charismatique comme Nicolas Hulot, qui arrive dans un monde complétement inconnue et François de Rugy qui sait comment cela fonctionne », explique l’ancien ministre. « Nicolas Hulot était seul. Il s’en est assez plaint. Quand on veut avoir des arbitrages, on a besoin d’être soutenu ou d’être dans le parti majoritaire ».

François de Rugy doit maintenant aller très vite, car « il y a une feuille de route à établir. Il faut qu’il organise son soutien », avec les députés LREM « qui ont une forte sensibilité écologiste », conseille Brice Lalonde. Il faut que le désormais ex-président de l’Assemblée nationale « aide le président Macron à prendre des initiatives internationales ».

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