Migrants: « On ne peut pas demander aux travailleurs sociaux de faire un travail de police » (« Public Sénat », 18 décembre 2017)
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En prévoyant un recensement des personnes étrangères accueillies dans les centres d’hébergement d’urgence, l’exécutif a provoqué l’inquiétude des associations. Soutien d’Emmanuel Macron durant la campagne, Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile, dénonce le projet du gouvernement.

C’est une circulaire qui a provoqué  la colère et l’inquiétude des associations d’hébergement d’urgence qui pointent une « une grave atteinte aux droits fondamentaux ». Le 12 décembre, le document signé du ministère de l’Intérieur et du ministère de la cohésion des territoires, s’inquiète des manques dans « l’évaluation administrative de la situation juridique des personnes accueillies ». Raison pour laquelle, l’exécutif entend désormais déployer des équipes mobiles composées d’agents de la préfecture et de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) dans les centres pour procéder à ces évaluations.

Dialogue au point mort entre les associations et l’exécutif

Quelques jours auparavant, informés de ce projet, plusieurs acteurs associatifs avaient quitté la table de concertation. Emmaüs, la Cimade ou encore la fondation Abbé Pierre estimaient que « ce dispositif détourne l’hébergement d’urgence  et les lieux d’accueil de leur finalité (…) « et les utilisent pour mettre en œuvre la politique de gestion des flux migratoires ». « Il y a une attitude de l’État qui confère  à de la mésintelligence. L’État a le devoir d’être vertueux et de respecter ses engagements internationaux. On ne peut pas demander aux travailleurs sociaux de faire un travail de police » s’inquiète Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile. Soutien du candidat En Marche durant la campagne, Pierre Henry avait, un temps, été pressenti pour être délégué interministériel à l’immigration. « Ca n’arrivera pas » clôt aujourd’hui le directeur de France terre d’asile qui déplore l’absence de dialogue entre l’exécutif et les associations depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Sur le plateau de Senat360, Jean Fontanieu, secrétaire général de la FEP (fondation d’entraide protestante) s’interroge:  « Pourquoi n’y a-t-il pas de dialogue avec les associations sur la question de l’immigration ? Les associations savent très bien qu’elles vont devoir mettre des gens dehors. Ça va être une embolie pour les villes» (voir l’extrait)

Jacques Toubon rappelle le devoir « d’accueil inconditionnel »

Ce lundi 18 décembre, Journée internationale des migrants, la Fédération des acteurs de la solidarité (Fas, ex-FNARS) a demandé au Défenseur des droits Jacques Toubon « d’intervenir auprès du gouvernement » pour que ses dernières instructions « portant gravement atteinte aux droits fondamentaux » des étrangers « ne soient pas mises à exécution ». Invité de France Inter, Jacques Toubon a cité « l’article L345.2.2, de l’aide sociale et des familles » qui évoque « ce qu’on appelle l’accueil inconditionnel ».


Esther Benbassa
 : « On parlera d’un gouvernement qui aura fait subir des souffrances exceptionnelles aux migrants »


Esther Benbassa
, sénatrice membre du groupe communiste et spécialiste des questions d’immigration ne décolère pas quand lui revient en mémoire la promesse formulée en juillet par le chef de l’État. « La première bataille : loger tout le monde dignement. Je veux partout des hébergements d’urgence. Je ne veux plus de femmes et hommes dans les rues » avait déclaré le chef de l’État. « À l’avenir, on parlera d’un gouvernement qui aura fait subir des souffrances exceptionnelles aux migrants. On voit aujourd’hui la face cachée de l’exécutif qui veut faire faire le sale au boulot aux associations. Chaque migrant mérite un accueil digne en accord avec la convention de Genève ». Dans cet objectif, la sénatrice milite pour que les délais de demandes d’asile soient encore raccourcis, et pour que les associations aient davantage de moyens. «  On a vu lors de l’examen du budget que les crédits pour l’immigration et l’Asile sont regroupés. C’est inadmissible ce mélange des deux ». (voir un extrait d’une autre interview d’Esther Benbassa réalisée le même jour dans l’émission Sénat 360)

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