Projet de loi « Ecole de la confiance » Prises de parole d’Esther Benbassa
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Prise de parole à l’article 6 :

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes cher.e.s collègues,

La création des établissements publics locaux d’enseignement international prévu à l’article 6 participera sans nul doute au renforcement de l’attractivité du système éducatif français et permettra, à terme, d’adapter l’offre scolaire des territoires. Si cette initiative est à saluer, nous regrettons les modalités d’admission des élèves, calquées sur celles en vigueur à l’Ecole européenne de Strasbourg, à savoir une sélection drastique basée sur le multilinguisme en langues européennes de l’enfant. Or, nous le savons, le multilinguisme est bien souvent l’apanage des familles les plus aisées, celles dont les enfants reçoivent la meilleure des éducations.

La réalité est toute autre : selon une étude réalisée par Education First, la France se trouverait au 22e rang sur 26 des pays de l’Union européennes sur la pratique des langues étrangères, après la Roumanie et la Bosnie-Herzégovine.

La France, pays mondialisé, ouvert sur le monde, doit donc développer ses écoles internationales. Mais en pleine crise sociale, il est parfaitement regrettable de ne pas intégrer dans ce nouveau cursus des enfants issus de toutes les classes sociales. Pourquoi exclure la mixité sociale dans les formations d’excellence en instaurant des prérequis dès le plus jeune âge ? Nous sommes bien loin du principe d’égalité de l’école républicaine.

Un tel élitisme institutionnalisé ne fera qu’accroitre l’inégalité des chances entre les élèves, et ainsi, perpétuer l’injustice sociale au sein de notre société.

Mes cher.e.s collègues, nous refusons une école à deux vitesses. Une pour « les premiers de cordées », une autre pour « ceux qui ne sont rien ».

Je vous remercie

 

Prise de parole à l’article 14 : 

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes cher.e.s collègues,

En septembre dernier, Monsieur Blanquer annonçait la suppression de 2600 postes d’enseignants dans le secondaire. A ce choix austéritaire s’ajoute un déficit récurrent de vocation au sein de l’éducation nationale : entre 2013 et 2018, 3 571 recrutements n’ont pu être effectués par manque de candidats au concours.

A ce nombre toujours croissant de postes vacants, à ce manque d’encadrement au sein de l‘école républicaine, l’exécutif ne propose que des solutions bien peu satisfaisantes : tout d’abord l’allongement de la durée du temps de travail des enseignants, mais aussi un nouveau dispositif qu’il souhaite introduire par cet article 14. Il y est proposé de pallier les effectifs manquants dans le primaire, en permettant aux assistants d’éducation inscrits dans un établissement préparant un master MEEF de se retrouver en responsabilité dans une classe, et ce dès la deuxième année de licence.

Monsieur le Ministre, cette solution n’est pas raisonnable. Les carences les plus grandes en personnel éducatif sont particulièrement marquées dans des académies dites « difficiles », comme celle de Créteil. Les professeurs qui y exercent actuellement disent déjà ne pas être suffisamment formés pour appréhender ce type de classe, où les élèves cumulent souvent difficultés scolaires et sociales. Pensez-vous réellement que des assistants d’éducation non diplômés, sans expériences d’enseignement et dont la formation n’est pas achevée seront à même de faire mieux que nos enseignants ayant réussi le concours ?

Si l’idée de mettre en situation professionnelle des étudiants souhaitant devenir professeurs n’est pas mauvaise en soi, cela doit se faire sous la supervision d’un enseignant titulaire, et non dans le but de compenser un manque de personnel éducatif.

Préparer le concours MEEF et l’avoir réussi sont deux choses différentes. Seul un membre formé et diplômé du corps enseignant devrait avoir la charge d’une classe. Prétendre que des étudiants peuvent parfaitement assumer cette tâche, c’est manquer de respect au travail fastidieux et Ô combien essentiel des institutrices et des instituteurs. Ce n’est pas ainsi que nous résoudrons la crise des vocations qui frappe aujourd’hui l’éducation nationale.

Je vous remercie.