TRIBUNE. « En gilet vert ou en gilet jaune, marchons ensemble le 8 décembre pour le climat »
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Dans une tribune, la sénatrice EELV de Paris, Esther Benbassa, et Sergio Coronado, candidat LFI aux européennes, appellent les gilets jaunes à rejoindre la marche pour le climat organisée samedi.

Une marche avait déjà été organisée mi-octobre à Paris.
Une marche avait déjà été organisée mi-octobre à Paris. (Reuters)

Plus de 120 marches pour le climat sont prévues samedi en France, et plusieurs dizaines d’autres dans 17 pays, à l’appel d’une soixantaine d’organisations « pour porter un message d’alerte » en pleine conférence de l’ONU sur le climat (COP24) en Pologne. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a appelé à annuler la manifestation organisée à Paris, par crainte de débordements liés au mouvement des Gilets jaunes. Mais les organisateurs ont maintenu le défilé. Dans un texte, la sénatrice EELV de Paris, Esther Benbassa, et Sergio Coronado, ancien député EELV et candidat de la France insoumise aux européennes, appellent les gilets jaunes à rejoindre la marche pour le climat, arguant que les combats relèvent du même ordre.

Voici la tribune signée par la sénatrice EELV de Paris, Esther Benbassa, et l’ancien député EELV Sergio Coronado :

« Depuis plus d’un mois, de manière spontanée, des femmes et des hommes se sont mis en mouvement partout dans notre pays. L’augmentation du prix des carburants a été le déclencheur d’une colère noire qui plonge ses racines dans le sentiment de mépris et de relégation et le rejet d’une politique qui rend leur vie insupportable.

Les Gilets jaunes replacent la question de l’égalité et de la justice sociale, de l’usage de l’impôt et de sa finalité ainsi que la question territoriale au centre du débat politique.

Face au mouvement, Macron et son gouvernement alternent entre la surdité et la stigmatisation de ces hommes et de ces femmes qui manifestent contre les effets destructeurs de leurs politiques. Pire, le pouvoir instrumentalise l’écologie pour justifier sa politique fiscale en faveur des plus riches.

A aucun moment, ce mouvement ne s’est emparé de mots d’ordre niant la crise écologique ou la nécessité de lutter contre le changement climatique, et ce malgré la diversité des revendications et l’absence d’encadrement. Ce qui a émergé, c’est d’abord une demande de justice sociale.

La transition écologique doit se faire sur des bases de justice sociale

La transition écologique doit se faire sur des bases de justice sociale. Il est intolérable que sous couvert de lutte contre la crise climatique, seuls les automobilistes soient appelés à faire un effort, alors que continuent les aides aux énergies fossiles, les exemptions fiscales, la suppression de l’ISF, les décisions climaticides comme la signature d’accords commerciaux internationaux. Et il est tout aussi scandaleux que les plus riches, que celles et ceux qui polluent le plus, et pour qui la fiscalité verte est indolore, fassent la leçon aux plus précaires.

Nous avons participé aux manifestations des Gilets jaunes, nous sommes écologistes et nous pensons que notre modèle économique est à bout de souffle. Celui-ci détruit notre santé, abîme aussi bien nos corps que la planète; il exacerbe la concurrence et affaiblit nos liens de solidarité.

Il faudrait unir nos forces pour que nos vies et la planète restent viables.

Les Gilets jaunes nous obligent à reconsidérer la transition écologique

Pour mettre en œuvre les mesures structurelles, seules à même de nous rendre durablement, massivement et équitablement moins dépendants de l’automobile, il est indispensable de développer les transports en commun dans les zones rurales et les banlieues mal desservies, de rouvrir les réseaux ferrés secondaires. Il est temps faut de relancer le fret pour diminuer la circulation des poids lourds, de penser l’aménagement des territoires pour rapprocher les lieux de travail et d’habitation avec une priorité donnée aux rapports sociaux et environnementaux.

Les Gilets jaunes nous obligent à reconsidérer la transition écologique, les défis climatiques et énergétiques sur des fondements incontournables de justice sociale. C’est la condition sine qua non pour que la mobilisation en faveur de la planète devienne massive et populaire. C’est une exigence démocratique!

Nous les soutenons lorsqu’ils réclament le rétablissement de l’ISF, qu’ils dénoncent la hausse des carburants sous couvert de transition écologique, une augmentation des salaires et du Smic.

Ce n’est pas en s’en isolant qu’on fera avancer la cause de l’écologie

Proposons ensemble une fiscalité carbone juste qui s’appliquerait d’abord aux entreprises les plus polluantes ; la mise en place d’une taxe sur les transactions financières pour abonder la lutte contre le changement climatique.
La mobilisation pour le climat et les écologistes se fourvoieraient en voulant se tenir à l’écart d’un tel mouvement. Se soustraire à ses revendications pour une société plus égalitaire et plus solidaire, c’est condamner l’écologie à demeurer une variable d’ajustement technocratique, c’est l’empêcher de devenir un horizon d’émancipation.

Prendre fait et cause pour celles-ci, c’est tenter de construire ensemble une autre société également soucieuse de préserver l’environnement, la faune et la flore, les mers et les fleuves, les montagnes et les vallées. Et ceci pour protéger nos vies ici et maintenant, et celles des générations futures.

L’écologie ne peut pas se suffire à elle-même à moins de se couper de ses sources vives. Le mouvement des Gilets jaunes en est la preuve. Ce n’est pas en s’en isolant qu’on fera avancer la cause de l’écologie.
Nous luttons contre un système qui détruit toutes les formes de vie au nom du profit, dérègle le climat, provoque des pollutions nuisibles à la santé et fait exploser les inégalités. Transformons nos colères en énergie pour changer cet état du monde.

Le 8 décembre, marchons ensemble, en gilet vert ou en gilet jaune. »

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