Tribune: « Lutter pour le climat, c’est lutter pour la survie de notre espèce » (« Huffpost », 8 octobre 2018)
Partager

« Lutter pour le climat, c’est lutter pour la survie de notre espèce

Il nous faut prendre l’exacte mesure du danger. Et agir.

Canicule, incendies, typhons, sècheresse, algues rouges sur les plages des Caraïbes et d’Amérique centrale… L’été dernier a vu s’accumuler les mauvaises nouvelles, et aura été, il faut le craindre, comme une bien tragique introduction à notre quotidien futur. Ces événements en effet sont liés à un dérèglement climatique sans précédent. Ces dernières années, les températures ont bondi, avec des conséquences dramatiques dont les scénarios sont décrits par les scientifiques depuis des décennies.

L’augmentation de la température pendant ces 130 dernières années a été d’environ 0,85°C dans le monde, tandis qu’au cours de ces 25 dernières années, elle s’élève à 0,18°C par décennie. L’écart est tout simplement alarmant. La chaleur dont l’Europe occidentale a souffert en 2003, qui fut exceptionnelle, risque de se banaliser dans la seconde moitié du XXIe siècle, aboutissant pour une certaine classe d’âge à une mortalité accrue, ce qui se traduirait par une diminution de l’espérance de vie.

Entre 2030 et 2050, on prévoit que le changement climatique entraînera environ 300.000 décès supplémentaires par an. Le coût des dommages directs pour la santé, sans compter ceux des secteurs décisifs pour la santé comme l’agriculture et l’eau, ainsi que l’assainissement, s’élèvera entre 2 et 4 milliards de dollars par an d’ici à 2030. Les pays en développement, privés de bonnes infrastructures de santé, ne seront pas en mesure d’affronter la situation. Si on prend l’exemple des épidémies, elles seront plus facilement jugulées dans les pays à hauts revenus, tandis qu’elles seront catastrophiques dans les pays pauvres.

En outre, si les agressions climatiques ne sont pas endurées de la même manière dans tous les milieux socio-économiques, leurs effets varient également suivant le type de climat, la résilience des différents pays, voire la structure démographique. Par exemple, le vieillissement galopant de la population en France dans les 40 années à venir la rendrait particulièrement vulnérable aux canicules en faisant des dizaines de milliers de victimes. En revanche, dans des pays avec une prédominance de populations jeunes, les dégâts seraient probablement moins spectaculaires.

Nous savons que c’est l’activité humaine, obsédée par la recherche de profits et l’accumulation de richesses, qui use et gaspille les ressources de notre planète, et pollue nos eaux, nos terres et notre air. Nous savons que c’est l’activité humaine encore qui, en recourant systématiquement aux combustibles fossiles, comme le pétrole, rejette du dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre, entraînant le réchauffement climatique. Nous savons enfin qu’à continuer obstinément vouloir satisfaire l’illimité de nos désirs dans un monde fini, nous dessinons les contours d’une probable tragédie climatique et sanitaire.

Car si le dérèglement climatique bouscule les équilibres naturels et détruit la biodiversité, il va toucher (et touche déjà!) notre santé et celle de milliards d’êtres humains sur terre. Il y a bien sûr la multiplication des catastrophes naturelles, qui entraînent famine et malnutrition, surtout dans les pays les plus pauvres. À tout cela il faut ajouter les canicules, qui ont décimé des centaines de milliers de personnes, en particulier les enfants et les plus âgés. Déshydratation, accidents cardio-vasculaires et cérébro-vasculaires, mais aussi des maladies respiratoires, liées notamment aux pics de pollution à l’azote pendant les périodes de canicule. Sans compter les allergies amplifiées en raison de la prolifération des pollens et autres allergènes, qui affectent gravement les 300 millions de personnes souffrant d’asthme dans le monde. Ou encore le développement de maladies qui, hier encore limitées à quelques zones de la planète, se propagent dangereusement. Favorisés par les plus fortes chaleurs, des insectes vecteurs de maladies infectieuses comme le paludisme, très sensible aux conditions thermo-hygrométriques, ou encore la dengue, le chikungunya, le zika, se multiplient.

De la même manière, le réchauffement des glaces du nord de la Russie centrale libère l’anthrax qu’elle enfermait depuis des milliers d’années, responsable de la « maladie du charbon », mortelle. Et la liste pourrait être encore longue…

Phénomène peu médiatique mais pourtant majeur, les changements climatiques ont ouvert la voie à un bouleversement sanitaire sans précédent. Et nous n’avons aucune garantie que les progrès médicaux ou nos systèmes de soins, aussi performants soient-ils, puissent y répondre efficacement.

Si le réchauffement climatique fait courir des risques sérieux à notre santé, il est indispensable aussi de ne pas céder au catastrophisme en vogue. Il faut prendre l’exacte mesure du danger. Et agir.

Colloque : « Changement climatique : quelles conséquences sanitaires ? », vendredi 12 octobre, à 14h, au Sénat, 15 rue de Vaugirard, 75006 Paris, salle Clemenceau. Programme. Inscription gratuite mais obligatoire ici. »

Pour (re)lire cette tribune sur le « Huffpost« , cliquez ici!