Yannick Jadot ou l’écologie « et de droite et de gauche »
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Ils sont venus, ils sont tous là. Ou presque. Pour marquer le rassemblement des écologistes, rendez-vous était donné à la presse, lundi 8 juillet, devant l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) pour soutenir le collectif qui en demande la fermeture. Sous le soleil et au milieu des camions malaxeurs, la photo de cette famille en pleine phase de réconciliation faisait bel effet. On y voyait Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts), Delphine Batho (Génération Ecologie), Antoine Waechter (Mouvement écologiste indépendant), François Damerval (Cap 21), Jean-Marc Governatori (Alliance écologiste indépendante) et François Béchieau (Mouvement des progressistes). Mais aussi Sabrina Sebaihi, candidate EELV dans la ville.

Manquait à l’appel le Parti animaliste, qui a réalisé une percée lors des élections européennes avec 2,2 % des suffrages. « Ils sont sur une ligne monothématique, mais nous allons les rencontrer dans les prochains jours », a indiqué M. Jadot.

Pour les présents, l’essentiel est de marquer le coup et de montrer que les différentes chapelles écolos sont enfin réunies. « C’est une nouvelle espérance qui se lève autour de l’écologie », estime Mme Batho. L’idée est de mettre en place une méthodologie de travail commune, de s’accorder sur le fond des idées et de présenter des listes aux élections municipales, régionales et nationales. En clair, les écologistes préparent la présidentielle et les législatives de 2022.

« Nous appelons au rassemblement de toutes les forces écologistes qui veulent gouverner. Nous voulons préparer la conquête et l’exercice du pouvoir par un mouvement démocratique en rupture avec les anciens clivages partisans à l’égard desquels nous affirmons notre indépendance », peut-on ainsi lire dans un texte commun. Qui ajoute : « L’écologie est la seule alternative à la barbarie et à la progression de l’extrême droite. »

« Petite tactique »

« Nous sommes à un moment-clé. On a envie de travailler ensemble. On porte une dynamique politique. On devra rassembler très largement, mais nous ne devons pas être dans une logique de conseil d’administration. Nous voulons partir ensemble à la conquête du maximum de villes sur une base écolo, écolo, écolo. On veut construire une alternative pour gagner l’alternance », a encore continué M. Jadot, lundi après-midi. M. Béchieau résume, dans une référence à l’histoire italienne : « C’est un compromis historique écologiste. »

Voire. Car si le compromis historique italien concernait les communistes et la démocratie-chrétienne, ici, la grande absente est… la gauche. Un mot presque devenu tabou. Dès que l’on pose la question, l’interlocuteur botte en touche : « Tous ceux qui se définissent écolos sont les bienvenus, ils doivent quitter les anciens partis pollués », lance Mme Batho quand François Damerval estime que « ce rassemblement est important car il va au-delà du clivage droite-gauche ».

Déjà, dans un entretien au Monde début juin, M. Jadot estimait que ni Génération.s (la formation de Benoît Hamon) ni La France insoumise n’étaient des partis écologistes. Ce choix d’une écologie chimiquement pure, qui ressemble fortement à un repli identitaire, fait grincer des dents au sein d’EELV.

Car Yannick Jadot pousse un peu plus sa réflexion, quitte à faire encore plus douter son aile gauche sur ses intentions. Il résume sa stratégie en un mot : « pragmatisme ». Les écologistes veulent être en tête du premier tour « dans un maximum d’endroits » lors des municipales de 2020, et leurs alliances se feront au cas par cas pour faire avancer les projets qui leur sont chers.

« Dans des municipalités où vous avez des maires qui sont sans étiquette ou divers droite, qui font du 100 % bio dans les cantines, des jardins partagés ou de la rénovation urbaine, qui appliquent ce que nous avons envie de faire, nous prendrons nos responsabilités. Surtout si on les compare à des socialistes qui sont dans des contournements routiers ou du 100 % Sodexo ! », a-t-il expliqué, samedi, en marge du Festival des idées à La Charité-sur-Loire (Nièvre).

Le député européen a tenu à bien marquer sa ligne assumée d’autonomie. Une sorte de « et-et » plus que du « ni-ni » : « Je ne souhaite pas limiter la discussion dans le camp de la gauche, on n’est plus dans le même tour de table », a-t-il ajouté, faisant référence aux appels au rassemblement qui se multiplient. Lui veut « sortir l’écologie de la petite tactique ».

« On ne veut pas étaler la cacophonie »

Les écologistes présents dans la Nièvre masquaient mal leur agacement. L’insistance du député européen à se démarquer de la gauche ne passe pas dans un mouvement qui a depuis longtemps choisi son camp pour ses alliances. « On ne fera pas d’accord à droite ! », jurait ainsi Julien Bayou, porte-parole d’EELV. Après une première déclaration dans Libération, où le député européen disait pouvoir appeler à voter pour un maire de droite en fonction de ses projets, cette seconde sortie est de trop à ses yeux. « On ne veut pas étaler la cacophonie, mais on va le recadrer », insistait-il.

La sénatrice de Paris Esther Benbassa va dans le même sens. « A qui m’interroge sur l’ouverture de Yannick Jadot à des accords avec des sans-étiquette ou divers droite, je réponds qu’il parle en son nom, pas au nom d’EELV », a-t-elle écrit sur Twitter, dimanche.

Certains anciens responsables ont menacé d’arrêter leur prélèvement automatique comme adhérents si cette ligne était confirmée. Présent lundi à Ivry, le président du groupe Alternative écologiste et sociale à la région Ile-de-France et député au Parlement européen, Mounir Satouri, tempère : « On va d’abord s’élargir à tous les écolos puis se dépasser pour construire l’alternative à Le Pen et Macron, avec l’écologie au centre de la réflexion. Ce n’est pas antinomique, c’est complémentaire. » Comprendre : le temps de la discussion avec la gauche viendra plus tard.

David Cormand tente aussi de calmer les esprits en réaffirmant la ligne votée par le conseil fédéral (le parlement du parti), fin juin. « Ma ligne est assez simple : c’est celle qui a été votée à l’unanimité. Il n’y aura pas d’alliance avec la droite, qu’elle soit d’extrême droite, conservatrice ou libérale », assure le nouveau député européen.

A ses yeux, il ne faudrait pas surinterpréter la formulation de Yannick Jadot qui « exprime les choses à sa manière ». Et d’ajouter : « Toutes les communes ne sont pas des villes de plus de 100 000 habitants et beaucoup ont des maires sans étiquette qui font du bon boulot. Mais il n’y a aucun Vert qui s’inscrive dans une alliance avec des maires étiquetés divers droite. » Si la famille écolo est rassemblée, elle n’est pas encore sortie de ses ambiguïtés.

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