Fermeture du centre de déradicalisation : « L’idée était irréalisable » selon Esther Benbassa (« Public Sénat », 28 juillet 2017)
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La sénatrice écologiste, Esther Benbassa  n’est pas surprise par la fermeture, ce vendredi, de l’unique centre de déradicalisation de Pontourny en Indre-et-Loire. Dans son rapport d’information remis le 12 juillet dernier, elle proposait déjà d’y mettre un terme.

« L’expérience ne s’est pas révélée concluante (…) L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites. Le gouvernement a ainsi décidé de mettre un terme à l’expérimentation conduite à Pontourny, sur la commune de Beaumont-en-Veron » affirme  le communiqué du ministère de l’Intérieur.

Par cette décision, l’exécutif reprend à son compte les conclusions finales d’un rapport sénatorial présenté le 12 juillet dernier. Menée conjointement par sénatrices EELV Esther Benbassa et LR Catherine Troendlé, la mission d’information intitulée « Désendoctrinement, désenbrigadement et réinsertion des djihadistes en France et Europe »  préconisait de mettre un terme à l’expérimentation du centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté (CPIC)  de Pontourny et de « renoncer à sa généralisation ».

Crée en septembre 2016, avec une capacité d’accueil de 25 places, seulement 9 personnes y ont résidé, au plus fort de son activité, et aucun n’a suivi le programme jusqu’à son terme. « Nous l’avons visité, le 3 février dernier, et à cette époque, une seule personne était présente » se souvient Esther Benbassa avant d’ajouter : « Nous avons été très critiques avec le fonctionnement de ce centre, ce qui nous a valu une réaction hostile de la part du comité interministériel de la délinquance et de la déradicalisation. L’idée de départ était de multiplier ces centres par 13.  Mais c’était une idée irréalisable d’envisager, ce que le gouvernement appelle une déradicalisation, sans mettre en place un accompagnement individuel ».

En effet, Esther Benbassa  refuse d’utiliser le terme de déradicalisation qui implique l’idée, selon elle, « qu’on lave le cerveau  des gens ». « Il faut une prise en charge individuelle sur mesure, faire un travail de réinsertion et de resocialisation avec l’aide de différents acteurs comme des psychologues, des éducateurs, des imams, et la famille  de la personne concernée. C’est ce qui se fait en Belgique ou au Danemark » explique-t-elle.

Directrice d’études à l’École pratique des hautes études (Sorbonne), Esther Benbassa reconnaît que « ce temps nécessaire à la réinsertion est long et ne correspond pas au temps du politique ». « Le contexte des attentats, a poussé le gouvernement à précipiter les choses » conclut-elle.

 

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