La politique de déradicalisation étrillée par deux parlementaires (Libération, 22 février 2016)
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« Même si elles prônent l’indulgence envers le gouvernement, les sénatrices Esther Benbassa et Catherine Troendlé qualifient de «fiasco complet» la lutte contre l’endoctrinement jihadiste.
C’est un bilan d’étape précis et offensif. Mais sans grande surprise. Les sénatrices Esther Benbassa (EE-LV) et Catherine Troendlé (LR) ont présenté ce mercredi les premières observations de la mission d’information de la commission des lois sur le dispositif de «déradicalisation». Leur travail va se poursuivre encore quelques mois mais, à mi-mandat, elles dressent déjà les contours d’un «fiasco complet».

Un mot inapproprié

Les rapporteures commencent par vilipender le terme de «déradicalisation». Elles proposent «désendoctrinement», «désembrigadement», voire «désidéologisation». «Le mot déradicalisation, assène Esther Benbassa, trahit une réflexion insuffisante. La déradicalisation semble être parfois hors de portée. Pour tout un échantillon de jihadistes, je crains même qu’elle ne soit inatteignable.» La sénatrice EE-LV poursuit en déplorant «le manque de place accordée au monde universitaire dans l’élaboration de la réponse des pouvoirs publics au phénomène jihadiste».

Un centre décrié

Annoncés par Manuel Valls, alors à Matignon, peu de temps après l’attentat contre Charlie Hebdo, les centres de prévention, d’insertion et de citoyenneté (CPIC) devaient constituer l’un des axes forts de la politique gouvernementale de désendoctrinement. Le premier du genre a ouvert mi-septembre à Beaumont-en-Véron, en Indre-et-Loire. Conscient de l’enjeu en termes de crédibilité, le ministère de l’Intérieur avait insisté sur le caractère «expérimental» de la structure au cœur de l’été. Un échec et c’est toute l’opposition qui allait se gausser. Malheureusement, l’histoire semble pour le moment donner raison aux oiseaux de mauvais augure. A peine six mois après son ouverture, le CPIC est vide de pensionnaires. Selon les sénatrices, 59 personnes – qui ne sont pas entre les mains de la justice – ont été contactées par les préfectures pour se voir proposer une place au CPIC. Seules 17 d’entre elles auraient accepté. Ensuite, l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) a été sommée de donner son avis, non sans avoir épluché le pedigree des candidats. Finalement, neuf personnes sont retenues. Mi-janvier, le ciel tombe pour la première fois sur la tête des 25 personnes (éducateurs, professeurs, psychologues) intervenant dans la structure. Mustafa S., 25 ans, profite d’une permission de sortie pour tenter de gagner la Syrie. C’est alors sa deuxième tentative de départ en zone de combats, signe que les modules dispensés peinent à atteindre leur objectif. Les sénatrices livrent une version encore plus effarante de l’ambiance qui régnait dans les murs : «Ce jeune avait pris sous sa coupe un garçon et une fille. Ils avaient baptisé leur mini-groupe « les salafistes rigoristes »». Après le départ de Mustafa S., les deux jeunes décident également de quitter illico le CPIC.

Après d’âpres négociations avec le préfet, Esther Benbassa et Catherine Troendlé ont pu visiter le centre il y a environ trois semaines. Nouveau récit surprenant : «Nous avons trouvé un seul pensionnaire, désœuvré, en train d’errer dans le parc et les couloirs. Plutôt qu’accentuer le déracinement en plaçant ces jeunes dans des structures coûteuses (le fonctionnement du centre exige 2,5 millions d’euros par an), nous devrions tout remettre à plat et privilégier la socialisation, la réinsertion, le suivi personnalisé», tonne la sénatrice écologiste. […]

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